L’huile d’argan, un trésor

Lors d’un séjour à Essaouira, j’ai pu apprécier les étendues d’arganiers qui recouvraient les terres arides du Sud-Ouest du Maroc. Si les chèvres grimpent dans les arbres pour profiter elles aussi de ce « don de Dieu », comme disent les Berbères, c’est avec le plus grand respect que les Marocains de cette région extraient l’huile d’argan.

 

L’arganier (Argania Spinosa) est un arbre très épineux qui existe depuis des millénaires dans ces régions, mais l’huile d’argan n’a fait son apparition chez les Berbères qu’au XIVsiècle. La partie externe du fruit, ou pulpe, sert à nourrir les animaux, alors que la coque, rigide, sert de combustible. À noter que, dans une herboristerie des souks d’Essaouira, les coques tapissaient le sol sur plusieurs centimètres afin d’embellir ce lieu naturel rempli d’extraits de plantes, d’épices et de tisanes, toutes aussi magiques les unes que les autres !

 

La fabrication est un processus long et complexe, et ce savoir-faire se transmet de générations en générations. Le fruit entier, l’argane, est préalablement séché, et sa pulpe externe est retirée. La coque restante, qu’une main experte doit casser, va permettre de récupérer la(es) graine(s) ou amandon(s). C’est à partir de ces amandons que l’on obtient l’huile d’argan par expression à froid, puis filtrage...

 

Ces amandons peuvent être torréfiés dans le but de faciliter leur extraction et afin d’obtenir une huile d’argan alimentaire. C’est uniquement l’huile non torréfiée et pressée à froid qui est recherchée pour son utilisation en cosmétique.

 

Selon les saisons, il faut environ 30 à 40 kg de fruits a minima pour obtenir environ un litre d’huile d’argan. Sachant qu’un arganier peut contenir environ une trentaine de kilos de fruits, au vu de ce travail fastidieux qui se mécanise progressivement, on comprend les prix élevés de cette huile.

 

La richesse en oméga-9 (acide oléique), en oméga-6 (acide linoléique), en vitamine E, en polyphénols, en stérols (schotténol et spinastérol) et en squalène de l’huile d’argan cosmétique lui confère des propriétés intéressantes au niveau cutané et capillaire. Les vertus naturelles de cette majesté ne cessent d’être décrites localement : amélioration de l’élasticité, de la souplesse et de l’hydratation de la peau, et aussi ses vertus cicatrisante, anti-irritante et anti-inflammatoire, régénératrice... De quoi en profiter pleinement au quotidien comme crème de jour ou en cas de gerçures, d’engelures, de vergetures, d’eczéma, d’acné... ou sur des cheveux agressés...

 

L’huile alimentaire torréfiée, à la légère odeur de noisette, saura être utile par sa teneur en vitamine E (moindre que dans l’huile cosmétique car altérée par la torréfaction), ses « bonnes » graisses (non saturées, non inflammatoires), ses stérols, ses polyphénols pour prévenir les maladies cardiovasculaires. Par évidence, la synergie de ses actifs peut avoir une influence positive sur la protection des parois vasculaires, l’oxydation des lipides sanguins et la fluidité sanguine. Autant de propriétés que notre équilibre métabolique apprécie !

 

Au niveau prostatique, polyphénols, stérols et vitamine E semblent apporter les antioxydants que ce tissu apprécie, d’où une action préventive dans le cancer de la prostate, semble-t-il. Les squalènes immunostimulants pouvant renforcer le contrôle cellulaire.

 

Alors, à incorporer dans une salade pour sa note « noisettée » ou à appliquer sur la peau, j’espère que ces quelques lignes vous auront donné l’envie de vous en procurer, tout en recherchant le label d’un commerce bio-équitable qui permet que cette ressource magnifique ne s’épuise pas. Un petit coucou à Fatuma, notre guide culinaire locale, qui a enchanté ses plats de ce trésor...

 

Pascal Guerit

Docteur en Pharmacie

DU Diététique et Nutrition